Le peuple du cheval d’orgueil

Home/Couples et familles, Société/Le peuple du cheval d’orgueil

Le peuple du cheval d’orgueil

chevaldorg

Cet ouvrage autobiographique est un témoignage précieux sur la vie traditionnelle au pays bigouden dans le village de Pouldreuzic.

Le titre signifie que les gens humbles qui ne possédaient pas de cheval, apanage de la paysannerie aisée ou des notables, détenaient tout de même, sous forme de fierté, un cheval symbolique que Pierre-Jakez Hélias nomme le cheval d’orgueil, honneur des gens simples, anoblis du travail de la terre dont ils tiraient leur subsistance.

Le cadre qui nous est relaté est celui d’une famille heureuse en autarcie, sans dette, ayant le bonheur de posséder une petite maison, acquise par un aïeul quand un coup de pouce du destin le permit. Le père y termina ses jours, quant à Hélias, il hérita non seulement de la maison, mais aussi de tout ce que doit connaître un homme pour grandir en sagesse, force et dignité.

L’histoire du Cheval d’orgueil débute lorsque le glas annonce la mobilisation générale de la Grande Guerre. Occupé à moissonner le père jeta sa faucille que son épouse ramassa. Elle la lui rendit quatre ans plus tard, toute usée. Il la lui laissera, car elle était devenue sienne, et en utilisera une nouvelle. Solidaires et courageuses, les femmes bigoudens tenaient la maison, mais aussi les champs quand il le fallait !

Vie de petits paysans ingénieux, se serrant les coudes, s’entraidant au milieu d’un épais réseau de solidarités, d’amitiés, liens du sang. Les moissons, véritable fête où les bras étaient bienvenus, s’accompagnaient de repas en commun, de galettes, crêpes, cochonnailles, cidre ; on devait prendre garde d’offenser l’amitié en oubliant d’inviter quelqu’un de sa coterie à cette réunion où l’on se devait aussi de suer en commun.

illustration Ch d'orgueil

La préoccupation pour tous d’un bout de l’année à l’autre demeurait la nourriture, les récoltes : pommes de terre, choux, sarrasin, potager, la basse-cour, le lait de la petite vache bretonne, le veau destiné à la boucherie qui rapportait quelque argent. Une place à part pour le cochon dont le sacrifice était une fête, l’on régalait ses voisins de pâtés de viande fraîche. Échange de bons procédés, car ils agissaient de même, en retour, quelques semaines plus tard quand l’heure venait.

Quel plaisir de contempler le saloir rempli de viande, la meule de foin pour la vache, la cave regorgeant de tubercules ! L’hiver pouvait venir, ils auraient des forces pour le printemps. La vie était rude, mais nullement austère, tous ces gens s’amusaient beaucoup. De nombreuses fêtes égayaient l’année, l’occasion pour les jeunes gens de se rencontrer. Les danses bretonnes très physiques permettaient d’évaluer la santé et la robustesse, véritable capital des futurs gendres ou belles filles ; les parents se rassuraient de voir les futures fiancées tenir les gavottes sans s’essouffler ou les futurs gendres sauter sur des rythmes accélérant à emballer le cœur. Ces danses permettaient d’exprimer le potentiel de la jeunesse, promesse de beaux enfants et de récoltes abondantes.

Le recteur assurait une surveillance bienveillante mais sévère, afin que ses jeunes ouailles ne s’enflamment trop tôt, ne fissent Pâques avant les Rameaux, compromettant l’harmonie. Bien entendu aucun ne se dérobait à ses sermons du dimanche à l’église, haut lieu de représentation communautaire, hormis quelques hommes plus chiens rouges que cul blanc (concepts rapportés des tranchées de la der des ders) aucun, par contre, n’eût manqué la cérémonie du septième jour, ni processions et pardons. Le catéchisme dispensé par les sœurs… incontournable ! L’autre personnage-phare de la commune en était l’instituteur de l’école publique qui dispensait le savoir en concurrence avec l’école privée.

Les femmes tenaient le lavoir, lieu de travail et d’échange où aucun homme ne s’aventurait ; toutes s’y rendaient de crainte de ne connaître les nouvelles, les plus aisées y battaient quelques petites choses, pour les humbles le labeur était plus intense, mais elles en retiraient une grande fierté et quelques piécettes pour des lessives mercenaires. Un attribut des femmes : la coiffe, petit menhir, qui suivant les modes grimpait, se réduisait ; symbole de leur appartenance à la tribu. La cafetière éternellement en éruption, sur la cuisinière étincelante, réunissait les voisines pour des moments de détente, là aussi. Aucun homme n’était invité : elles régnaient sur le logis ! Les hommes pouvaient fréquenter l’estaminet dont l’enseigne représentait une pomme-de-pin, mais ils limitaient ces moments, car ils valorisaient le travail plus que les loisirs. La commune comprenait commerces : boulangerie, épicerie… artisans : cordonnier, sabotier, bourrelier, maréchal, forgeron, etc.

Le tisserand confectionnait les habits traditionnels détenteurs des codes discrets de la position sociale, quelques rubans, broderies, la signalaient ; personne n’eut osé enfreindre l’ordre, se pavaner de signes qui ne lui correspondaient point. L’équilibre était parfois fragile, un décès, maladie, accident frappant d’infirmité, un incendie à l’étable tuait les animaux nourriciers, alors ces gens dignes se trouvaient contraints de mendier, autorisés aux portes des églises, chacun aidait à la mesure de ses moyens, car tous pouvaient connaître un revers de fortune.

Terre de nobles figures ! Ainsi allait la vie dans une civilisation, où tout se faisait à bras, les règles communautaires tenaient lieu de lois intégrées par tous, l’argent était confidentiel, sauf pour quelques rares, qui se devaient à la charité sous le regard de l’Eglise.

De nombreux témoignages, au-delà de celui de Pierre-Jakez Hélias, les études sociales de Pierre Kropotkine, économiques de Karl Polanyi et plus récemment les travaux du MAUSS attestent de l’importance de l’entraide dans la tradition. La fréquence des activités en commun et l’impératif de la division du travail disposaient à la solidarité. Chacun bénéficiait de la générosité d’autrui et conséquemment se sentait obligé. Des cycles ininterrompus de dons instituaient et ritualisaient une dette perpétuelle entre les membres d’une même communauté, c’est-à-dire l’impossibilité de s’estimer définitivement quitte vis-à-vis d’autrui et de rompre la ronde des interdépendances.

Le cheval d’orgueil armait le peuple. La déstructuration, la diffamation idéologique et le viol de l’esprit d’entraide, permirent aux grands financiers de prolétariser les masses. L’intérêt général, perçu comme celui de l’industrialisation capitaliste de la Terre, ne peut se développer qu’en vis-à-vis d’une foule solitaire ne représentant plus que des intérêts particuliers. Si ce n’était pas le cas, des identités collectives fortes entraveraient la marche du capitalisme. L’esprit communautaire transporte des puissances sociales qui empêchent le marché de s’autoréguler, il est donc contraire à l’évolution industrielle. Conséquemment, le libéralisme impose la fabrication d’égos dissociés les uns des autres, neutralisés, alors qu’auparavant les communautés les plus humbles avaient un poids social et politique.

Ce passé serait-il à jamais perdu ? Je ne le pense pas, il ne demande qu’à renaître et il renaîtra !

This Is A Custom Widget

This Sliding Bar can be switched on or off in theme options, and can take any widget you throw at it or even fill it with your custom HTML Code. Its perfect for grabbing the attention of your viewers. Choose between 1, 2, 3 or 4 columns, set the background color, widget divider color, activate transparency, a top border or fully disable it on desktop and mobile.

This Is A Custom Widget

This Sliding Bar can be switched on or off in theme options, and can take any widget you throw at it or even fill it with your custom HTML Code. Its perfect for grabbing the attention of your viewers. Choose between 1, 2, 3 or 4 columns, set the background color, widget divider color, activate transparency, a top border or fully disable it on desktop and mobile.