Le mythe de la démocratie

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Le mythe de la démocratie

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Déclinaison du superbe texte de RafOuPas du Verbe Populaire
Texte original : https://leverbepopulaire.wordpress.com/tag/raf-ou-pas/

Fallacieusement réduite à l’introduction d’un bout de papier dans un isoloir tous les cinq ans, la démocratie représentative, appelée « Démocratie » par ceux qui en usent, est un mythe de plus en plus saugrenu. Cependant, cette imposture est l’objet d’un consensus imposé. Dès lors, la représentation politique, ainsi nommée « démocratie » ne rencontre que très peu d’opposition.

À gauche la critique acerbe de la démocratie bourgeoise, et à droite la contestation virulente de la loi du nombre, ont littéralement disparues. La « représentation », érigée en dogme, fait l’objet d’un véritable fétichisme institutionnel conjugué à une idolâtrie républicaine qui peut laisser pantois. Devenue à la fois une quasi-religion et un véritable impérialisme, sa théologie et son modèle sont largement exportés par l’ingérence et la violence pour assurer la domination du véritable pouvoir qui (tout le monde le sait) n’est pas celui du peuple.

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Il convient de rappeler que ladite démocratie – la vraie – ne constitue pas un but, une fin en soi. Elle est un moyen pour le peuple de garantir la maîtrise de son destin, se gouverner, sans intermédiaire ; en d’autres termes, assurer un véritable libre-arbitre collectif tendant à limiter l’arbitraire sociétal. Elle crée un instrument de liberté autorisant l’émancipation d’un peuple. Plusieurs constats doivent être dressés.

Primo, une authentique démocratie a-t-elle simplement existé ? Seule réponse possible : Athènes, il y a 2 500 ans environ, c’est famélique ! Secundo, le concept moderne de démocratie a-t-il vraiment une signification ! Définit-il le mode de vie de la société de consommation ? Est-ce qu’il a encore une dimension politique et si oui, laquelle ? À l’exception du folklore des soirées électorales, qu’est-ce que la « démocratie » ?

Tout le monde s’en réclame ; personne ne sait ce qu’elle recouvre.

Serait-ce devenu un mythe moderne ?

Ce qui est certain, c’est qu’elle est étroitement liée au parlementarisme et aussi – consubstantiellement – à l’économie de marché (prétendument indépassable). N’est-elle pas le cache-sexe de l’absolutisme du Grand Capital et du fétichisme de la marchandise ?

Le passage de l’Ancien Régime à la République s’est opéré par la prise de pouvoir de la bourgeoisie capitaliste sur la monarchie et l’aristocratie héréditaire. Les pères fondateurs de la République avaient au moins le mérite d’une certaine transparence. Ils étaient des agoraphobes affichés ; ils ne désiraient pas un régime démocratique ; bien au contraire. François Guizot disait :

« La démocratie est le despotisme de la majorité, où tout individu a une voix, quels que soient ses qualités et ses défauts. Les conséquences de ce principe sont le despotisme du nombre, la domination des infériorités sur les supériorités, c’est-à-dire la plus violente et le plus inique des tyrannies. Or le gouvernement représentatif, lui, cherche à faire prévaloir la raison, la vérité, la justice [fusion_builder_container hundred_percent=”yes” overflow=”visible”][fusion_builder_row][fusion_builder_column type=”1_1″ background_position=”left top” background_color=”” border_size=”” border_color=”” border_style=”solid” spacing=”yes” background_image=”” background_repeat=”no-repeat” padding=”” margin_top=”0px” margin_bottom=”0px” class=”” id=”” animation_type=”” animation_speed=”0.3″ animation_direction=”left” hide_on_mobile=”no” center_content=”no” min_height=”none”][…] que certains hommes sont plus capables que d’autres de chercher et de découvrir. »

Le gouvernement représentatif, étrange coïncidence, est ce modèle retenu par les trois premières nations capitalistes : l’Angleterre, Les États-Unis et la France, dès le 18e siècle. Premier écueil : la confusion entre régime démocratique et régime représentatif ! Ce glissement sémantique aboutit à un salmigondis politique. La représentation étant une idéologie de classe qui permet de légitimer une oligarchie capitaliste en gouvernant sans le peuple mais en son nom, la démocratie représentative – qui constitue un oxymore (le peuple ne peut dans le même temps exercer et déléguer son pouvoir) – peut être comprise comme la confiscation du pouvoir au peuple par des politiciens élus au suffrage universel direct. L’élection – réduction du peuple au rassemblement ludique et spectaculaire capté par le show politique – ne permet certes pas que l’influence des citoyens s’exerce.

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Étant prétendument en démocratie, le peuple devrait être la source de tout pouvoir, toutefois, quand 1% de la population détient 70% des richesses, peut-on décemment affirmer que « la démocratie c’est le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple » ? La simple désignation par l’élection au suffrage universel direct, nous le savons aujourd’hui, n’implique pas que les élus soient au service de l’intérêt général ou tout simplement qu’ils respectent leurs engagements des campagnes électorales. L’absence de mécanismes de sanction, de contrôle (à l’exception du verdict des urnes) laisse le peuple – qui est déjà divisé par les codes individualistes que le marché impose – totalement désarmé face aux abus de pouvoir de ses représentants.

La rédaction de la Constitution, qui fixe l’organisation des pouvoirs par ceux qui sont amenés à l’exercer, est inepte. Quand ceux qui exercent le pouvoir ne rencontrent pas de limite ou d’obstacle, ils ont une tendance naturelle à en abuser. Il est évident que la simple séparation des pouvoirs n’est pas suffisante. Il serait de salubrité publique que les citoyens puissent faire irruption dans le processus législatif pour limiter tout abus.

La corruption n’est pas endémique aux dictatures. Loin s’en faut. Elle est simplement mieux gérée dans les démocraties de marché. Il devient donc complexe de prétendre être en droit d’imposer la représentation politique, d’éviter la consultation directe et de dédaigner les volontés du peuple.

Picture5La participation à la vie de la Cité a des vertus publiques non négligeables. Responsabiliser le citoyen ; lui permettre de s’exprimer et de s’intéresser aux problématiques collectives est fondamental ; cependant, aujourd’hui, il n’est plus question de laisser advenir une démocratie directe.

L’individu contemporain est tenu pour irresponsable, ce qui condamne l’idée du tirage au sort qui avait fait la grandeur de la démocratie athénienne. La culture inhérente au marché dit démocratique est celle du moi, elle s’oppose au sens civique et au bien commun. Ad minima, l’introduction de référendums permettant une consultation régulière des citoyens assurerait un meilleur respect de la volonté générale, sans parasitage de corps intermédiaires illégitimes, mais ce simple minimum est déjà trop démocratique !

En novembre dernier, Laure Mandeville écrivait dans le Figaro :

« Il y a quelque chose de paradoxal et de pourri dans le royaume d’Amérique : les citoyens sont de plus en plus dégoûtés de la politique, sceptiques sur leurs élus et de moins en moins tentés de se rendre aux urnes. Mais un tsunami d’argent toujours plus massif s’abat sur le pays à chaque élection pour matraquer des messages simplistes et les sortir de leur apathie.
De ce point de vue, les élections de 2014 pour renouveler la Chambre des représentants et un tiers du Sénat auront marqué un pic de cette tendance délétère.
Quatre milliards de dollars ont été lancés dans la bataille, en faisant le scrutin de mid-term le plus cher de l’histoire des États-Unis. « Cela représente 10 fois le budget que le gouvernement a mobilisé pour combattre Ebola », note CNN. Sur ces 4 milliards, 3 milliards ont été dépensés pour financer les états-majors sur le terrain, mais ce qui inquiète le plus les instituts de recherche traquant les liens incestueux entre argent et politique, c’est le milliard restant. Ce dernier est le produit des dons fastueux qui ont été déversés par des « intérêts spéciaux » extérieurs aux campagnes dont le but est d’acheter de l’influence, en élisant des élus à leur main. « Ces intérêts veulent avoir leur gars dans la place » pour faire passer des lois qui leur sont favorables, explique Ian Vanderwalter, du Brennan Center for Justice.
Cet argent « noir » coule à flots particulièrement vigoureux depuis la décision de la Cour suprême, dite « Citizen United vs FEC » de 2010, de laisser groupes et individus privés dépenser sans compter à condition de ne pas être directement liés aux états-majors de campagne. Il a donné une place disproportionnée à quelques milliardaires, qui dominent les campagnes de leurs millions et coordonnent leurs plans en sous-main avec les partis. »

Rappelons que les partis politiques étaient inutiles et surtout interdits à Athènes. Mais qu’est-ce qu’un parti politique somme toute ? Une machine électorale fermée qui verrouille le débat ainsi que le choix des candidats – véritables professionnels de la politique – et ayant pour seul et unique objectif de gagner des élections. Dans une époque obsédée par la transparence, la contradiction s’impose avec force. Le parti politique a comme unique fin sa propre croissance et sa propre puissance largement dépendantes de la collaboration des puissances d’argent.

Dans les grandes démocraties représentatives, le bipartisme a été fermement établi, il permet au pouvoir, celui des capitaux, apte à financer les deux partis opposés, d’être le maître du jeu triangulaire : Parti X–Parti Y–Electeurs, dont l’enjeu réel, quoi que caché, est la vente du peuple au maître véritable ; les deux formations politiques étant en concurrence pour toucher une partie du magot. Dans une démocratie d’opinion, le seul impératif pour un candidat est d’accéder aux cimes des sondages, d’influencer les masses pour être élu ou réélu. Il convient d’interroger ce modèle qui s’effondre sous des contradictions devenues flagrantes.

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La liberté ne commence qu’avec la souveraineté. C’est un préalable nécessaire. Cela signifie que le peuple a – en principe – le droit de discuter et de délibérer collectivement de tout, tout le temps. Cependant, il est encore à noter que la quasi-majorité des attributs de notre souveraineté a été transférée à des institutions supranationales. Nos représentants disposent de très peu de liberté et de marge de manœuvre face aux instances européennes, qui, elles-mêmes, dépendent d’un nouvel ordre mondial. Manifestement, dans un contexte de globalisation économique, financière et bancaire, le principe même de souveraineté populaire rencontre d’importantes limites.

L’Union Européenne, discret cheval de Troie au service des lobbies et des puissances financières, est ontologiquement despotique. Elle a accouché d’un marché économique où les seules règles à respecter, inscrites dans le marbre des traités, sont la libre concurrence et la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux. Cela constitue le cœur de ce monstre despotique.

Il est important de souligner que l’unique institution élue au suffrage universel direct est le Parlement européen. Réduit à une chambre d’enregistrement votant dans plus de 95% des cas les directives et règlements européens proposés par la commission européenne, il ne respecte même pas les règles élémentaires du parlementarisme classique. Contrairement aux députés français, les parlementaires européens ne disposent ni de l’initiative législative – ils ne peuvent proposer aucune directive – ni la fixation de l’ordre du jour, ni obliger l’assemblée à débattre d’un thème choisi. Soulignons que 90% des lois, qui sont adoptées en France, ne sont que des transpositions des objectifs fixés par la commission européenne qui dispose d’un quasi-monopole législatif. Le rôle du peuple est inexistant. L’obscurité qui règne dans ces lieux de pouvoir est totale.

Notre réalité politique, derrière le masque idéologique, est une oligarchie capitaliste ; tout le reste n’est que cosmétique !

La crise de la représentation est une analyse largement partagée. La séparation a été consommée entre une élite capitaliste et la multitude. Cette rupture dans le consensus et cet isolement sonnent le glas de nos institutions.

Comme l’a dit Jean Baudrillard : « Le coup de force du capital, c’est d’avoir tout inféodé à l’économie » y compris le politique. Notre système se métamorphose en un despotisme éclairé, assumé – post-démocratique – communément appelé Gouvernance, qui consiste à gouverner sans le peuple, voire contre lui, tout en sauvegardant l’illusion démocratique ! Marché souverain et Tyrannie : le fait du Prince est soumis au caprice d’une économie devenu démiurgique ! La démocratie d’opinion n’existe pas.

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Il est ridicule de s’émouvoir de la dépolitisation massive et grandissante du corps électoral alors que c’est le Politique qui a été dépolitisé, déléguant le pouvoir à des experts, technocrates stipendiés et autres think tanks. Science de légitimation et antidémocratisme prétendument scientifique, nombre de disciplines sont considérées – à tort – comme des sciences dures à l’instar de la physique ou des mathématiques. Cette acception a pour conséquence de réduire à néant toute forme de débat. Atteint d’un complexe d’infériorité manifeste vis-à-vis du scientifique stricto sensu, l’économiste fait preuve d’une mauvaise foi incommensurable, masquée derrière des équations et des théorèmes. Il convient de rappeler que l’économie, c’est de la politique et de l’idéologie. Pourtant, il n’y aurait plus rien à discuter ; les débats seraient trop compliqués pour le citoyen ; les experts devraient décider seuls, cela s’appelle du totalitarisme !

Penser la démocratie à travers le prisme institutionnel est nécessaire mais largement lacunaire. Il existe d’autres dimensions à examiner. Quelques éléments de bon sens. La démocratie ne peut s’exercer que dans un cadre territorialement limité. Le désir de faire société repose sur la conscience des citoyens d’appartenir à une communauté politique transcendant les individus. Faut-il ou ne faut-il pas manifester notre volonté de construire un destin commun et de vivre ensemble ? Il importe peu que la communauté soit dénommée état, pays, nation ou république. Une démocratie locale participative, mutualiste, contribuerait activement à la reconstruction d’un lien social dégradé et de solidarités humaines abîmées.

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Rompre avec l’individualisme de principe et l’égoïsme produits par le capitalisme est impérieux. Des consommateurs aliénés, nomades, défendant égoïstement leur intérêt particulier et, errant au sein d’un Marché mondial unifié, semblent inadaptés aux exigences démocratiques.

Avant d’aspirer à une ambitieuse rupture globale du modèle dominant, ne devrions-nous pas, au préalable, accomplir une R–évolution des mentalités ?

Roméo Bey

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