L’impuissance de l’anticapitalisme

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L’impuissance de l’anticapitalisme

 mensonge qui rassure

Tout le monde le sait, le capitalisme libéral, parmi les plus iniques qui soient, pratique la plus injuste des redistributions n’ayant jamais été conçue. Pourtant, toutes les tentatives de dépasser le modèle sont systématiquement paralysées, pourquoi ?

De nombreuses causes se conjuguent, la désunion est assurément l’une d’entre elles, ce n’est pas la seule. Pour simplifier une problématique globale si peu évidente, nous nous limiterons à l’étude d’une seule causalité, que nous appellerons : La fin du mythe du bon patriarche, tout en invitant à la penser dans un ensemble plus vaste.

De nombreux mouvements ont combattu et combattent encore le capitalisme. Ils le font souvent sans efficacité, en ordre dispersé et surtout avec un manque de courage et de conviction systémique, car, manifestement, le discours dominant parvient trop fréquemment à les convaincre. Le capitalisme réussit à imposer sa culture dans toutes les strates sociales. Le concept de neutralité libérale, initié par John Rawls, a réellement gagné la partie dans le débat public. Il est reçu comme vecteur universel de paix.

Les livres bouddhistes qui prêchent le détachement ont pris la place qu’occupaient jadis les livres chrétiens sur les étagères des librairies. L’Union Bouddhiste de France ne cache pas le fait que son enseignement rejoint « les plus hautes valeurs de la laïcité » (Sic). À l’autre extrémité des figures de la religion, celle qui est habituellement citée en tant que lauréate de l’intolérance est, elle aussi, traversée de courants favorables aux libertés. Un grand nombre de musulmans, pris dans le contexte libéral qui régule la planète, met en exergue le fameux verset : « Point de contrainte en religion » S2.V 256.

Pendant quinze siècles, la religion catholique participa au pouvoir politique. Elle en fut écartée le jour où la mutation technologique et financière industrialisa la planète faisant triompher d’autres valeurs. Désormais, elle accepte de ne plus agir en politique et n’ose plus défendre les principes qui fondent pourtant la communauté convoquée au nom du Christ. Elle se replie dans la sphère privée. Elle est globalement tolérante envers la métamorphose des mœurs. Elle prend exemple chez les Protestants qui ont intégré le processus capitaliste et, finalement, elle abandonne le champ social aux forces qui l’en ont écartée.

L’anticapitalisme fut l’apanage de la gauche communiste et de l’extrême gauche jusqu’à la fin des années 70. Il s’est agi longtemps de faire la révolution. Les thèses marxistes étaient au cœur de l’université. Le concept de dictature du prolétariat (dictature, il est vrai du prolétariat, quasiment du peuple, mais tout de même dictature !) véhiculait franchement l’idée d’une révolution autoritaire sans pour autant émouvoir le mandarinat en place. Depuis lors, la gouvernance libérale a réorganisé le théâtre d’une société dite de consommation. Elle a remplacé ses vieux Mandarins. Elle a généré des mœurs libres, souvent libertaires. Et les anciens adeptes de la révolte dure, abandonnant le marxisme, adhérèrent à l’idéal éminemment moderne de l’absence de toute contrainte !

L’autorité fut aussi la griffe de l’extrême droite, en France, le FN symbolisa le principe. Il prétendait défendre des vertus nationales, un ordre éthique et proposait une coercition au nom de la majorité pour imposer sa pensée, prétendument celle de la France profonde. Aujourd’hui, en lieu et place de l’UMPS, il postule au jeu politicien de la démocratie représentative, souhaitant humblement trouver sa place dans la fable du bipartisme. Il est désormais ouvert à la règle libertaire, éthiquement neutre, et il le prouve.

Voilà, en quelques mots, la partie visible de l’iceberg. Sous les eaux, caché aux regards, mais massif, le corps du capitalisme libéral assoit ses infrastructures où s’enracinent les causalités de sa puissance.

Les peuples ont opté pour la liberté des personnes en opposition à un monopole collectif du sens : ni religions, ni nationalisme, ni communisme ! Les idéologies qui marquèrent l’histoire de leur empreinte sont désormais disqualifiées. Du fait de l’intérêt que chacun trouvait dans le bien commun, la culture justifiait le principe d’ordre – concept politique central dans la tradition – désormais effacé et remplacé par celui de liberté individuelle.

Or ce qui est perdu, ce n’est pas seulement le côté sombre d’antan, la tyrannie, c’est aussi la qualité et la lumière de la tradition que la figure ancestrale d’Abraham symbolisa très longtemps et qui est aujourd’hui encore perceptible dans le concept habituel de gestion en bon père de famille. Le bon patriarche est celui qui a géré les biens de sa communauté d’une façon qui a plu à Dieu, qui, pour le récompenser, a fait de lui le plus glorieux des hommes, lui a donné une descendance pléthorique et prospère. Or, ce concept, la culture libérale l’a rejeté, car il implique la discipline, le rejet des points de vue individuels multiples, diversifiés, et il impose un monopole du sens. Dans les lignes qui suivent, la figure du bon patriarche ne renverra pas à sa dimension religieuse, mais au symbolisme social et politique que le mythe a véhiculé dans notre civilisation.

Le patriarche biblique est bon, il est l’inverse du tyran, il personnifie le bon maître, mais non pas l’absence de maître, bien au contraire par sa bonté même, il justifie sa qualité de guide, de chef. C’est du chef (celui qui a une autorité de personne sur autrui et qui l’exerce) que le capitalisme a libéré l’homme et conséquemment du mythe d’Abraham. Dorénavant plus de tyrans mais également plus de bon guide. Pour autant, les rôles sont encore distribués, mais différemment. Désormais la gérance à une si haute instance a été confiée à un novice en la matière qui d’ailleurs n’est plus un homme mais une fonction économique : le marché !

Le marché gère et contraint les hommes sans état d’âme, beaucoup plus efficacement que ne le faisait Abraham. Et parce qu’il n’est pas une personne en position d’autorité, le monde où son joug s’exerce croit être un monde libre. Il est vrai qu’en apparence dans ce processus aucun être humain n’agit en première intention répressive.

En revanche, il est communément admis que le monde capitaliste est inique et tous les citoyens voulant croire en lui souhaitent le moraliser. Mais ce n’est pas facile car toute conception du bien, c’est-à-dire toute éthique, bloque l’algorithme de la liberté inhérente au libéralisme et nécessaire au marché.

Le pouvoir a réussi à faire accroire qu’il a ouvert au peuple les portes de son émancipation ou, pour être plus précis, que le jeu électoral de la démocratie représentative pesant sur lui, il aurait cédé à la pression des peuples avides de liberté. L’affirmation est d’importance, essayons de la cerner. Dans la tradition, le pouvoir imposait sa vision du monde et, sous prétexte du bien commun, une hiérarchie répressive commandait aux uns et aux autres un mode de comportement refoulant les pulsions individuelles qui auraient pu contrecarrer les injonctions venues d’en haut.

Dans le contexte libéral, l’injonction est : « Fais ce qu’il te plaît ! » Le pouvoir actuel semble généreux de ce point de vue. Il a fallu plus de deux siècles pour construire cette liberté. Déconstruire le carcan des classes nobiliaires, du clergé, des guildes de métiers, des corporations, des familles et les remplacer par un ordre nouveau. L’ordre libéral est sympathique, car, il ne porte plus le fardeau des pères fouettards ; cependant une question se pose encore. Si le poncif politique est ; Fais ce qu’il te plaît ! Comment se fait-il que les gens libérés par la démocratie représentative consacrent leurs forces productives à des tâches qui, très majoritairement, ne leur plaisent pas : professions, emplois, charges salariales, travaux sans charme, rarement choisis pour leur attractivité, presque toujours contraints par des difficultés pécuniaires. Le corps immergé du capitalisme libéral est là, dans cette machinerie clairement analysée par Adam Smith, dès le 18e siècle ! La productivité industrieuse, générée par l’inféodation des populations à une logique financière, est infiniment supérieure à celle d’un asservissement à l’éthique.

Il a fallu beaucoup d’efforts et la contribution de plusieurs générations pour mettre en place la matrice immergée qui, du fait de son efficace productivité, a permis d’industrialiser la planète. Son métabolisme en mutation a converti l’ancienne contrainte éthique, qui était imposée par le glaive et le goupillon, en une machinerie en apparence libre et festive qui cache la gouvernance ultime, la coercition implacable des banques et de l’oligarchie qui les possèdent. Le monde de la liberté est le cadre nécessaire à l’exercice du pouvoir financier et toute éthique l’entrave. Le bluff d’une démocratie représentative, qui aurait porté la victoire de la liberté, est dès lors évident, car, si le peuple avait un tel pouvoir, il l’utiliserait immédiatement pour interdire l’injuste répartition des richesses que le système libéral impose. La démocratie représentative est un bluff, l’absence de coercition est un bluff, la vérité est la mise en place de la pire des contraintes jamais établies, celle de l’argent. La sanction pécuniaire suffit à elle seule pour obliger les masses à se coucher ; point n’est besoin du visage hideux d’un dictateur.

La question n’est pas : « Répression ou non ? » Mais : « Laquelle ? » En vérité, aucune société humaine ne peut exister sans une forme de répression et le seul problème est de la réduire a minima. Tous ceux qui sont entrés en résistance contre le capitalisme, militants de gauche ou de droite, écologistes, bénévoles humanitaires, religieux, etc., tous ces braves, doivent porter leur courage à son terme, regarder la vérité en face et ne pas avoir peur.

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La police de la pensée, qui fait régner une terreur idéologique, a la ferme intention d’ensevelir le mythe du bon patriarche.  Toute coercition éthique, toute autorité serait fasciste. Je suis catholique et je peux témoigner du fait que l’autorité du Christ ne l’est pas, mes camarades, tous conviviaux de cœur, évangéliques, musulmans, athées ou autres, condamnent toute tyrannie.

En vérité le choix est simple : « Admettre une autorité éthique ou être l’esclave des oligarques ! »

Il faut choisir… , si elle veut sortir de son apathie, la résistance ne pourra pas faire l’économie de ce courage-là !

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Roméo Bey

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