Le bonheur

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Le bonheur

le capitalisme et l’avenir du monde

illustration bonheur

Ce ne sont pas des beuveries et des orgies continues qui engendrent une vie heureuse, mais la sagesse. Voici un a priori, qui sera aussi notre définition du bonheur dans cet article. Les anciens le savaient, les vertus entretiennent la vie heureuse et cette dernière en est inséparable. Au 21e siècle, cette logique s’est inversée dans le processus d’industrialisation du monde. Nous opposerons deux modèles sociétaux, deux archétypes, sans caricature ni aucune intention de tordre la réalité, mais en définissant l’essentiel : le vivre ensemble qui a muté, il n’y a pas si longtemps ! Par souci de clarté, nous posons deux esquisses sociétales antagonistes : d’un côté celle des communautés à vocation paysannes rurales traditionnelles structurées autour de villages, de bourgs ou de cités qui conservaient leurs particularismes locaux et d’un autre côté celle du marché économique global qui tend à vider les campagnes et à standardiser les centres urbains.

Dans une logique ancestrale, d’amples communautés familiales de petits artisans et de petits marchands, forgerons, couteliers, potiers, menuisiers, charpentiers, meuniers, merciers, aubergistes, boulangers, apothicaires, laitiers, etc. tissaient des liens. Leurs « maisons » étaient construites sur le modèle des nombreux foyers ruraux alentour. Pour eux, en dehors des temps particuliers des guerres, il était facile d’œuvrer pour le bien commun, car, dans la manifestation des vertus, les rivalités multiples induisaient une préoccupation générale consistant à vouloir dans l’ensemble, par souci d’estime, bien se comporter. Il s’agissait pour l’ébéniste de faire de beaux meubles, pour l’agriculteur de récolter de belles moissons, pour la cuisinière de réussir de bons plats, pour la mère d’avoir les plus vaillants et les plus beaux enfants, pour la paroissienne d’être bonne chrétienne, pour le soldat d’être courageux devant l’adversité, etc. Chacun était connu de tous et de ce fait chacun voulait être jugé positivement et être apprécié. Mais dans les temps troubles, quand envahisseurs et pillards sévissaient, le bonheur ordinaire se changeait en misère. On passait du plaisir paisible et convivial de faire société à la ruine et au désespoir.

En 2015, ce type de vie traditionnelle a pratiquement disparu, il a été remplacé par une société dite de consommation, qui tend à recouvrir la planète. La nouvelle société est définitivement « sécurisée » pour celui qui l’habite. On y vit sans craindre les exactions violentes des larrons. La manne du progrès, générée par l’industrialisation du monde, offre désormais aux masses, autorégulées par l’économie, une matrice dans laquelle ce type d’inquiétude n’a plus cours. Cependant, la guerre en tant que fléau n’a pas disparu, elle a muté. À l’extérieur, elle est gérée par des armées surpuissantes, comme celle des États-Unis. À l’intérieur, les anciennes intrusions militaires, plus ou moins sporadiques, se sont métamorphosées en une guerre économique.

Aigre-douce, endémique, une guerre de tous contre tous a succédé aux agressions violentes des pillards et des envahisseurs. Temps de prédation, temps de consommation, se succédant, la douce contagion s’est immiscée dans les interstices les plus intimes. Le nouvel algorithme, qui consiste à vivre chacun pour soi et dans l’hostilité festive des ego, se compose de droits et d’intérêts individuels, donc aussi de conflits d’intérêts multiples, sociaux, professionnels, etc. et d’oppositions conjugales, familiales, de voisinage, etc.

En conséquence, la vieille prescription « être bon et être aimé » n’est plus à l’ordre du jour. Elle est désormais jugée de façon sévère, on accuse cette vieille générosité d’avoir été intéressée ! Et elle est remplacée par une nouvelle injonction qui, honnête dans sa trivialité, semble avoir tombé les masques : « gagnez de l’argent pour exister par vous-même et consommez ! » Cependant, l’ego qui veut être franc ne s’aperçoit pas combien il est enrôlé dans un processus de masse. Les individus « égo-grégaire » qui se croient indépendants, libres et égaux, sont en réalité entrés dans les rangs du troupeau de la société industrielle. « Être libre » dans l’urbanité des lois du marché suppose d’avoir érigé en règle de vie un rapport mensonger à la liberté, à l’autre, autant qu’à soi-même. Le pillage de la planète par les super puissances est légitime puisqu’il apporte aux citoyens un bonheur en forme de gavage industriel, mais seulement pour une partie des populations, pseudo privilégiée, chargée de susciter l’envie, bonheur sponsorisé, de tête de gondole.

La famille traditionnelle ayant disparu, on la supplée par une parentalité consommable sur les écrans, par procuration. Acteurs célèbres, frères et sœurs dévergondés, cousins éventuels, oncles et tantes universels mis en scène dans les médias, souvent drôles ou du moins supposés tels, accompagnent la nouvelle vie grégaire. La « télé » donne aux masses une « famille » de substitution. Elle constitue ceux qui la regardent en parents éventuels et donne des relations illimitées au grand troupeau des spectateurs.

Tout problème de famille étant ainsi résolu, il n’est plus question que de « se » faire plaisir. Paradoxalement, tous ceux qui ont critiqué la vieille société du point de vue de son pragmatisme paysan, eux-mêmes ne sont nullement épargnés par le déploiement d’une culture de l’égoïsme érigé en règle de vie. La consommation remplace le plaisir désormais archaïque de l’esprit de clocher, de l’esprit de famille et du vivre ensemble dont bénéficiaient nos aïeux qui, dans leur foyer, leur corporation de métier, leur famille élargie et leur village, s’évertuaient dans l’ensemble, par souci d’estime, à bien se comporter.

Le problème est que le nouvel algorithme offre un faux bonheur et mène la planète à sa perte ; tout être intelligent et sensible, c’est-à-dire simplement humain, doit encore placer le véritable dans la vieille logique, aujourd’hui désuète. Nombre de nantis essayent de s’offrir des amours fidèles, des familles qui ressemblent à celles de jadis. Les vertus et la bonté d’antan sont devenues rares, leur marchandisation est donc chère. L’ersatz du vieux code peut être un nouveau snobisme, mais aucun oligarque ne pourra s’offrir l’original. Le bonheur ne s’achète pas. Le pouvoir de la micro-caste, qui accapare et détruit actuellement la Terre, ampute des vertus toute inter relation humaine sous le joug de son instrumentation, néanmoins la vie heureuse est inséparable d’elles !

Le capitalisme s’est imposé au nom de la liberté, ce serait logique que ce soit au nom du bonheur, qu’il soit disqualifié.

Romeo Bey

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