La marchandisation de l’enfance

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La marchandisation de l’enfance

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Avons-nous oublié que la vie répond à une logique que nous devons respecter ?

L’enfant advient du don de l’épouse et de l’époux, puis il grandit au sein du cercle familial, constitué non seulement de ses parents, mais encore des frères et des sœurs, des grands-parents, des oncles, des tantes et des cousins (s’il a la chance de vivre dans une famille traditionnelle). Son développement se poursuit dans d’autres cercles constitués par les amis, le voisinage, dans le cadre de relations scolaires, puis professionnelles. De multiples interrelations font peu à peu naître en lui le sentiment d’appartenir à une ville, à une région, à une classe sociale, à un pays, à une ethnie, à une culture. Un jour, il quitte l’enfance et il connaît une deuxième naissance, au creuset de son couple et de son foyer, création d’une maturité dont il est l’artisan. Dès lors, il est un être responsable ; sa vie est une histoire qui le grandit et fait de lui une personne qui compte. Il déborde de ses limites. Il entre dans la pluralité du monde, dans la communauté de ceux qui sont aptes à faire société. Il est, dès lors, en mesure de traiter maintes questions, des projets spécifiques, avec une multitude de gens qu’il ne connaît pas. Son action a vocation à être trans-générationnelle, presque illimitée. Il entre dans un monde supérieur qui lui permet d’être en osmose avec ceux qu’il ne rencontrera jamais en son temps, avec ceux qui l’ont précédé et enfin avec ceux qui vont lui succéder. Il devient un acteur conséquent de l’histoire des Hommes.

Le don de l’épouse et de l’époux, en quelque sorte la vie naturelle, au-delà de la naissance d’un enfant crée un être social qui, au bout du processus, à son tour, est capable de don, dans une collectivité qui, implicitement, lui délivre le certificat d’appartenance à la grande famille humaine.

Le topo développé ci-dessus peut sembler aller de soi, mais il n’est pas évident pour tous. Le penseur du Front de Gauche, Jacques Généreux, l’a conçu dans les mêmes termes pour aboutir à une conclusion opposée. À son avis, il est bien venu de se détacher du lien conjugal, de sa famille, de ses collègues, de ses amis, de sa foi ! Car la modernité offre une myriade d’options, une multitude de liens originaux, des cercles, des tribus et des communautés, en concurrence pour le plus grand bonheur de citoyens acquérant une réelle autonomie par la grâce de la loi des grands nombres. D’après Jacques Généreux, l’individu serait enfin libéré des risques d’opposition, de désaccord, de reproche des siens. Mais Jacques Généreux – soumis à la bien pensance de gauche – ne voit pas que la solution qu’il apporte, sur laquelle nous avons manifesté notre désaccord, ne diffère pas sérieusement de la solution libérale. En vérité, la myriade d’opportunités qu’il évoque ne concerne jamais une loyauté comparable à celle de la tradition. Ce sont des liens contrefaits qui constituent un artifice de convivialité, précisément une mécanique qui appartient à l’ennemie qu’il croit combattre ! Jacques Généreux comprend bien que le libéralisme neutralise la résistance citoyenne, mais sa grille de lecture lui interdit de voir l’acte initial qui opère dans cette neutralisation. Il ne voit pas la maille qui a filé la première, à partir de laquelle le tissu s’est défait ; c’est-à-dire, l’alliance de l’homme et de la femme. Car la gauche impose à ce sujet le leitmotiv de l’émancipation des liens et notamment du lien conjugal, propagande qui a entraîné à sa suite la déconstruction des liens familiaux, communautaires, nationaux, confessionnels, donc de toutes les alliances véritables parce que naturelles.

Les enfants façonnés dans le moule du libéralisme seront plus ou moins adaptés au marché, mais ils n’obtiendront jamais leur certificat d’appartenance à la grande famille humaine.

Dans les recompositions familiales, le sentiment d’indépendance de chacun est effectivement plus grand qu’il ne l’était dans les familles traditionnelles. Au nom de cette indépendance, les vies se délient. Les nouveau-nés ne vivront pas avec leurs papas. Éventualité fort probable ! Certaine et prédéterminée à cent pour cent pour les bébés des clientes des banques de sperme. Globalement incertaine, pour les bébés des mères qui procréent encore selon la méthode naturelle et qui changeront de partenaire. Dans le passé, l’indissolubilité du mariage garantissait aux enfants de vivre auprès de leurs deux parents. La liberté de changer de partenaire a pour corollaire de rendre prévisible aux nouveau-nés de vivre auprès de parents (masculins dans la plupart des cas) qui ne sont pas les leurs. Étrangement le matriarcat des origines (qui n’a jamais existé) dont la structure sociale établit exclusivement la maternité (au détriment de la paternité) est en train de prendre corps. La réécriture du passé a pour fonction de justifier le présent et l’avenir. Il s’agit de se projeter dans le futur à titre individuel, non plus dans une logique de clan ni de famille. Si des alliances conjugales perdurent, ce n’est pas à cause de quelconques engagements, mais de circonstances fortuites qui rendent une certaine durée profitable aux deux parties.

Un mode de vie et un ancien goût digne et magnifique se sont effacés là.

Le parent mutant en phase avec les opportunités recherche les émotions, le sexe, parfois les succédanés de familles que la matrice propose sur le théâtre de ses opérations. N’accordant plus assez d’importance à la cellule familiale, il n’est plus prêt à faire des sacrifices pour elle. Autour de lui, dans son espace matériel, il défend ses intérêts bec et ongles, tandis que pour se réaliser en tant qu’Homme, il attend les beaux jours du marché. Si l’économie était mieux guidée, selon ses souhaits, il bénéficierait de la vie, pense-t-il. En pratique, il s’accommode et, en théorie, il vit dans l’espérance que le monde sera un jour bien géré, tôt ou tard – espoir régulièrement déçu – mais il est tenu par son choix de collaborer au système. Il ne lui reste plus qu’à croire en une nature intrinsèquement bienfaisante du marché qui, s’il était techniquement bien régulé serait, selon lui, bon et beau comme la floraison du printemps.

Les nouveau-nés seront dépendants de la matrice nouvelle s’ils sont dociles. Éventualité fort probable ! Ils seront, comme tout le monde tend à l’être, des nouveaux produits du marché. Ils ne connaîtront pas le goût sauvage, digne et magnifique des parents d’antan et des peuples souverains, mais ils s’adapteront facilement à l’ère de l’industrie qui produit et met en vente des ersatz de tout, y compris de la parentalité et de la souveraineté. Lorsqu’ils se marieront, ils ne subiront pas les contraintes des alliances, de leur indissolubilité, les contraintes éthiques. Leur conjoint ne déposera pas de couronne sur leur tête, mais la matrice flattera leur aptitude à la consommation. Ils bénéficieront d’un cadre social pacifié, neutre et démocratiquement autorégulé par une multitude de relations individuelles d’achats et de ventes. Les nouveau-nés ne trouveront, pas plus que leurs parents mutants, autonomie ni fraternité dans une société où chacun a pour dessein de mieux « réussir » que ses voisins, mais ils achèteront de la souveraineté, comme ils achèteront de l’amitié, du sexe et de la loyauté, s’ils travaillent bien et gagnent assez d’argent pour cela. Tout ce qui est rare et recherché est cher. Ce seront des ersatz de choses rares et recherchées, et elles se vendront cher, du moins les contrefaçons les mieux imitées. Cependant, tout de même, pour les faibles pouvoirs d’achat, des versions grand public plus ordinaires seront produites industriellement. Il est nécessaire que l’ersatz du bonheur demeure à un prix abordable. Les nouvelles générations n’en voudront peut-être pas, elles auront peut-être la nostalgie d’un temps où la noblesse de cœur transcendait les amants. Elles quitteront peut-être la matrice pacifiée pour s’aventurer au-dehors, là où la peur et l’angoisse tiennent les poltrons à l’écart, où le climat est instable, tourmenté et les pirates abondent, mais où l’espoir amoureux a établi son domaine, loin de tout calcul égoïste.

Contre toute attente, étant devenus des jeunes hommes et des jeunes femmes affranchis, ils vivront peut-être de nouvelles aventures, guidés par leur foi, l’un accordant à l’autre de l’estime, le gratifiant de chaleur, d’encouragements, de doux sentiments et ils recréeront très certainement la magie de la vie.

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