Cynthia Fleury

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Cynthia Fleury

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Pour être apprécié, il faut être doué, capable de s’auto-maitriser et surtout avoir ce talent particulier qui consiste à être en phase avec la mutation économique et anthropologique qui secoue le siècle. Toutes ces dispositions Cynthia Fleury les a, raison pour laquelle elle jouit d’une gloire universitaire, médiatique, étatique, internationale. Elle est en poste à l’American University of Paris, membre du Comité consultatif national d’éthique, fait partie du think tank de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme, membre du collectif Roosevelt, tient une tribune hebdomadaire dans L’Humanité, s’apprête à inaugurer la première chaire de philosophie à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu à Paris, entre autres honneurs…

Le titre de son nouveau livre est : « Les Irremplaçables ». Chacun est irremplaçable ! Magnifique idée, qui s’oppose à la mutation anthropologique instrumentalisant et standardisant ceux qui sont devenus de simples rouages d’un marché global. La notion renvoie à une culture qui donne toute sa dignité à la personne humaine. De surcroît, elle évoque en filigrane l’opportunité d’une fidélité entre gens irremplaçables et d’une confiance renouvelée dans notre capacité à faire société.

Le capitalisme a brisé l’irremplaçabilité de l’Homme pour faire de lui un travailleur interchangeable. Faut-il qu’après plusieurs décennies d’excès libéraux les « démocraties » représentatives se fassent du souci pour nous offrir un discours si nouveau ! Cependant, le procédé ne vise probablement qu’à modérer les excès. Cynthia Fleury n’ambitionne probablement pas de faire la révolution ; sa réussite au sein du système qui la promotionne en atteste. Elle souhaite simplement préserver l’acquis, nous sortir provisoirement de l’ornière pour éviter le désastre.

Fleury-Lagarde

L’oligarchie de la finance internationale déguisée en démocratie par le bluff de la représentation et du bipartisme, est appelée par Cynthia « l’État de droit » :

« Si l’Etat de droit ne demeure qu’une réalité formelle, il entraîne une déception considérable qui le met en danger !
À l’heure où les intégrismes, les fascismes et les populismes prolifèrent, le souci de la durabilité démocratique apparaît ; comment protéger la démocratie ? Comment fait-on pour que les individus aient le souci de conserver l’Etat de droit ? [fusion_builder_container hundred_percent=”yes” overflow=”visible”][fusion_builder_row][fusion_builder_column type=”1_1″ background_position=”left top” background_color=”” border_size=”” border_color=”” border_style=”solid” spacing=”yes” background_image=”” background_repeat=”no-repeat” padding=”” margin_top=”0px” margin_bottom=”0px” class=”” id=”” animation_type=”” animation_speed=”0.3″ animation_direction=”left” hide_on_mobile=”no” center_content=”no” min_height=”none”][1]»

Elle s’inquiète du fait que le régime n’ait plus de base et que son système éducatif et culturel ait produit des citoyens devenus des fiottes incapables de le défendre. Mais pour autant, elle ne défend pas la virilité que l’idéologie condamne, ni la puissance des familles, ni l’alliance de tous pour défendre la patrie, ce qui serait politiquement incorrect. Ce qu’elle préconise pour redonner de la vie aux citoyens, c’est de les singulariser en les individuant ! Elle dit :

« Ce corps de l’Etat de droit, c’est celui des différents individus qui le composent, mais ces dernières années, le néolibéralisme a défiguré l’Etat de droit et désingularisé les sujets. L’Etat de droit signe là son arrêt de mort : car seul un sujet bien individué se soucie de le protéger, et non pas le sujet aliéné que l’on côtoie actuellement.

Elle précise, quelle est la différence entre l’individualisme et l’individuation :

Le sujet individualiste est passionné par lui-même, autocentré, replié, grisé par l’ivresse de soi, alors que le sujet individué met en place un regard sur le monde extérieur, déploie et assure un socle, une assise, qui lui permet d’entrer en relation avec ce qui l’entoure. L’aventure de l‘irremplaçabilité, la voie de l’individuation, ressemble ainsi sous maints aspects à celle de la dépersonnalisation. Il ne s’agit pas de devenir une personnalité, d’être dans la mise en scène de l’ego. L’enjeu est au contraire relationnel : il s’agit de se décentrer pour se lier aux autres, au monde, au sens.[2]»

individualisme

La réflexion de Cynthia est centrée sur la fragilité contemporaine du processus de subjectivation dans un contexte où l’idéologie désormais sape peu à peu les vertus du citoyen de base. Depuis deux siècles, la propagande libérale fait l’apologie de l’individualisme. Il s’est agi, d’abord, de sacraliser l’individualisme, puis de Durkheim à Foucault, dans le dessein de modérer les excès de la période précédente, il fut question d’émancipation, d’hédonisme pour en arriver aujourd’hui à l’individuation de Cynthia Fleury. En soi l’individuation désignant l’ensemble des qualités particulières qui constituent l’individu où la conscience d’être distinct et différent des autres est consensuelle. Cependant, la rhétorique de Cynthia va plus loin, il s’agit ni plus ni moins que de réhabiliter l’individualisme sous de nouveaux atours, plus crédibles, plus discrets et de continuer l’œuvre de dissociation initiée par les grands laudateurs qui l’on précédée. Ce genre d’exercice a toujours été gratifié des faveurs du pouvoir, de la gloire médiatique, de soutiens multiples et de postes enviés.

Benjamin Fernandez avait quelque peu labouré le champ et expliqué que l’individuation et le social ne constituaient pas franchement des termes antinomiques dès l’instant où le processus d’individuation est conçu comme le mouvement par lequel l’individu apprend à « se co-individuer » avec les autres, plutôt que contre les autres.

Sur ce même sujet, la novlangue était déjà, pratiquée par Durkheim, qui écrivait en 1898 :

« L’individualisme est aux antipodes du culte égoïste du moi ! …
Il est la glorification, non du moi, mais de l’individu en général. Il a pour ressort, non l’égoïsme, mais la sympathie pour tout ce qui est homme, une pitié plus large pour toutes les douleurs, pour toutes les misères humaines, un plus ardent besoin de les combattre et de les adoucir, une plus grande soif de justice. N’y a-t-il pas là de quoi faire communier toutes les bonnes volontés[3]? »

Durkheim

S’il s’agit chez Durkheim d’ingénuité (en espérant que ce ne soit pas pire), alors, avec le recul et la connaissance de ce qui est advenu, on reste hébété devant un tel niveau de sottise. Durkheim voit bien que la mutation sociale autour de lui métamorphose les réalités anthropologiques, l’Homme mutant est contraint à l’individualisme, mais il veut croire en cette société-là contre vents et marées. Il rêve de voir l’éthique individualiste surmonter les difficultés rencontrées et, par sa seule vertu, réaliser spontanément le règne de l’esprit et de l’équité. Nous savons aujourd’hui que son rêve a tourné au cauchemar. Le bluff de la démocratie représentative repose sur la dissociation du peuple, or le battage idéologique étant de moins en moins crédible, ce n’est pas le moment de laisser se développer la moindre velléité d’union populaire.
Effectivement, il est stratégique et opportun d’envoyer Cynthia défendre l’individuation ! Elle soutient l’idée que son dada individué – et non l’individualisme – protège la démocratie. En fait, l’égotisme avait effectivement, jusqu’à présent, préservé le régime car un peuple immature et atomisé doit être « représenté » par une élite, qui disqualifie toute tentative de démocratie réelle. Or, quand, la propagande peine à vanter les mérites du régime libéral, ce n’est pas le moment de lâcher prise au niveau du processus de dissociation du peuple.

Cynthia Fleury, qui se situe au croisement de la philosophie politique et de la psychanalyse, a pour mission de résoudre la contradiction et de sauver le bateau idéologique qui est en train de couler. Le tour de magie qu’elle propose est donc cette revendication silencieuse de l’irremplaçabilité du sujet sauvé par la notion d’individuation, qui sous-entend l’idée qu’un individu sous le régime capitalisme peut espérer être autre chose que l’instrument qu’il est devenu malgré les prophéties de Durkheim.

nauffrage-democratie

Pour Cynthia, un être humain n’est rien d’autre que l’individuation qu’il tente : “A trop rester hors de cette tentative, il perd l’accès à sa propre humanité”, écrit-elle. C’est fou comme les intellectuels, en bons adeptes de la novlangue, aiment les hiatus. Le réel est pourtant simple : d’un côté la collectivité et de l’autre, l’individu. La question qu’il faut se poser est celle-ci : « pourquoi cette propagande et ce pilpoul aujourd’hui ? » la réponse est évidente, les vieilles ficelles de la propagande s’usent, il faut sans cesse innover, si la Gouvernance qui a été structurée pour le seul bénéfice de la grande finance, perd son aura, elle risque de s’effondrer et avec elle tout le bastringue intellectuel qui permet à Cynthia Fleury et à ses amis de se hisser aux sommets de la « pensée » autorisée.

Ce qui est très fort, c’est qu’elle ne se présente pas en tant qu’agent du pouvoir, ce qu’elle est de fait, mais en tant qu’adversaire. Elle dit :

« Depuis une trentaine d’années, les démocraties occidentales sont traversées par une dynamique de travestissement, de marchandisation délirante et sans précédent, qui fait de nous des entités interchangeables, remplaçables, mises au service de l’idole croissance. Chacun peut en faire l’expérience, que ce soit dans l’univers de la finance, de la consommation, de l’écologie, à travers tous ces phénomènes de captation, de rationalisation extrême, de rentabilité outrancière qui ne s’interrogent ni sur leurs présupposés ni sur leurs attendus…
Les individus se sentent découragés, broyés par l’Etat de droit qui serait censé les protéger[4]»

Elle sait parfaitement que notre société est atomisée, elle ne propose pas pour autant de favoriser les liens conjugaux, familiaux, nationaux. Cela ne serait pas politiquement correct ! Elle propose d’être bien individué ! Si le citoyen lambda n’est aujourd’hui plus en mesure de construire son propre destin, ce n’est pas parce que la Gouvernance l’a transformé en simple objet du marché, non, d’après Cynthia, c’est parce qu’il ne s’est pas engagé dans un processus d’individuation, juste qu’il est un peu stupide en fait ! Cynthia l’invite à refaire son éducation, beaucoup mieux qu’avant, en faisant appel à des notions de psychanalyse, pour en faire un être irremplaçable ! Pour ceux qui ont un peu de pépète, n’hésitez pas à y aller, elle est censée recevoir en consultation !

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Il y a quelques années, interrogée par Le Figaro Madame au sujet des relations homme-femme, ses réponses ne laissèrent aucune ambiguïté sur ses affinités et son inféodation au dogme qui prescrit l’accablant postulat universel d’une domination des hommes sur les femmes. En vérité, les relations homme-femme avant notre ère ne s’articulaient pas – par principe – sur un rapport de domination, mais de don mutuel[5]. Cependant, le féminisme de combat ayant été disqualifié par l’évolution de la métamorphose des mœurs, Cynthia Fleury est en phase avec les événements, elle dit :

« Il y a un nouvel acte mixte du féminisme à mettre en place. Beaucoup de féministes de l’ancienne génération se plaignent, plus ou moins à juste titre, que la nouvelle génération n’a pas assumé la suite du combat féministe. Je crois simplement que la jeune génération cherche à construire un féminisme d’alliance plutôt que de conflit. La non-radicalité est notre luxe.[6]»

Mais elle rajoute aussitôt : « les femmes restent des proies ». Le féminisme radical à la Valerie Solanas est aujourd’hui contreproductif pour ceux-là mêmes qui souhaitent l’appliquer encore, mais Cynthia Fleury charge la caste mâle de la responsabilité exclusive de l’instrumentation de la féminité, notamment dans sa dimension sexuelle (les femmes restent des proies) alors qu’il faut être aveugle pour ne pas voir l’investissement féminin hautement valorisé dans le processus. Toutes les relations humaines tendent à se marchandiser aujourd’hui et la complicité générale avec ce mouvement délétère n’est pas une convention de caste. Pour cacher le triste fait que, à l’instar des hommes, elles se vendent, dans un monde où nous tendons tous à être les proies du marché, les nouveaux gibiers d’un monde inhumain, les masses allouées aux démocraties proxénètes, ce qu’il faudrait dénoncer ! Mais, critiquer notre régime est fatal pour un postulant au plus haut-statut social. Cynthia dit :

« Maintenant, j’ai l’impression que le féminisme « acte I » a éduqué les femmes, et que le féminisme « acte II » devrait éduquer les hommes. Il manque une éducation des hommes qui les aiderait à accepter la liberté d’un autre être qui vit juste à côté de lui, avec tout ce que ça suppose de contradictoire et de non raisonnable. [7]»

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Effectivement, les relations conjugales qui juxtaposent un homme et une femme cohabitant dans un « foyer » marqué par un esprit de liberté sexuelle (simple sous-ensemble de la liberté de marché) exigent une rééducation qui exclut toute velléité de loyauté et de contrainte, notamment dans la durée. Nous sommes très loin de l’idée de don mutuel qui a caractérisé l’amour avant la naissance des démocraties proxénètes. Et encore plus loin de redonner une puissance politique et sociale aux couples et aux familles, c’est-à-dire à la source même du processus d’union qui crée le lien social.

À la question : qu’est-ce que le courage, Cynthia répond :

« C’est tenter de faire un avec soi, le soi n’étant pas le moi, au risque de faire rupture avec l’autre, mais en réalité pour mieux faire lien avec lui. L’enjeu n’est pas de faire rupture, mais de créer une alliance digne. En résumé, impératifs de résistance et d’invention.[8]»

Il est clair que pour Cynthia, il n’est pas question d’envisager « faire un » avec son conjoint » il est plus aisé dans un monde instrumentalisé de « faire un » avec soi-même. Probablement, dans ce cas, le risque n’est pas exclu de faire une rupture avec « l’autre » (SIC). Et elle rajoute : « Mais en réalité pour mieux faire lien avec lui ». Cette idée sympathique doit probablement être comprise en référence au lien convivial que les offres commerciales multiples s’efforcent de développer auprès de leur clientèle.

solitude

En fait, si tout va mal, ce n’est pas parce que la grande finance nous exploite, c’est parce que nous ne savons pas nous individuer et Cynthia qui est un génie de la psychanalyse et de la philosophie, nouveau maître à penser des forces révolutionnaires, va nous aider !

Etre conscient de son atomisation et en même temps chercher à la dépasser, voilà le singulier chemin de l’individu aujourd’hui”, dit-elle. La solution n’est pas de s’unir pour renverser un régime devenu fou, non la solution, c’est de devenir : irremplaçable (SIC). Le pouvoir ne s’exerce pas par une répression pécuniaire implacable et il ne délite pas les liens, non, il ne nous dérange qu’au niveau de notre sentiment d’irremplaçabilité, sentiment qu’il faut reconquérir. En fait, la solitude, elle-même a un caractère fécond, que vous ne percevez peut-être pas, vous l’associez à l’isolement et à l’abandon, à tort, être seul c’est très bien…

Roméo Bey

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