Charlie est l’arbre de la liberté qui cache la forêt de l’« esclavitude »

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Charlie est l’arbre de la liberté qui cache la forêt de l’« esclavitude »

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L’attentat qui a décimé Charlie Hebdo et qui a donné lieu à la marche républicaine a mis en exergue la problématique de la liberté de la presse. Quelqu’un, contre la liberté de la presse ? Personne ne lève le doigt ! C’est comme si je vous demandais : « quelqu’un contre la santé ? » ou « contre l’entraide ? » Personne n’est contre la liberté d’expression. Pour justifier une identification nationale à Charlie Hebdo (« Je suis Charlie ») l’argument du pouvoir est que les assassins en « tuant Charlie » ont attaqué la liberté d’expression. Dès lors, Charlie devient la France. Un tel raisonnement présuppose que la manière dont Charlie Hebdo use de la liberté d’expression devient l’incarnation de la liberté nationale et de la culture française.

Quelle est cette liberté ? Elle est indubitablement celle qui est offerte aux masses occidentales par la démocratie représentative. Dans ce modèle de société, les populations sont protégées par une infrastructure économique puissante, capable de neutraliser les débordements et de pourvoir globalement aux besoins et aux loisirs de tous. Comment fonctionne cette société ?

Il est permis d’être athée, comme d’être croyant, de connaître une vie conjugale fidèle, mais aussi de vivre des polyamours. Il est permis de méditer dans un monastère, mais aussi de produire ou de se délecter de films pornographiques, gores. Il est interdit de torturer ou de tuer, mais il est permis d’être accro aux films de guerre, à la violence en images et en jeu, etc. Tout se réalise, sauf ce qui ne correspond pas à son strict pouvoir d’achat. Tout est permis, sauf ce qui tombe sous le coup de la loi. Et, pour en revenir à Charlie Hebdo, le blasphème et le sacrilège ne tombent pas sous le coup de la loi.

Ainsi, la démocratie représentative autorise, en droit, une liberté spectaculaire, par rapport notamment à ce qui s’est fait sous les régimes qui ont précédé les régimes occidentaux contemporains. Jadis, les sacrilèges et les blasphèmes étaient interdits et sévèrement réprimés. Un monopole du sens, que les conduites individuelles devaient respecter, caractérisait la vie civile. Des codes moraux bridaient à la fois les fantaisies et les mœurs. Or, l’humour de Charlie Hebdo (ce n’est pas une coïncidence) est focalisé sur cette cible : les résurgences religieuses des vieilles civilisations répressives qui ont précédé le monde libéral (L’Islam et la religion catholique particulièrement).

Charlie Hebdo pratique l’outrage systématique envers les musulmans et les catholiques depuis longtemps. Or, la liberté d’expression ne devrait pas se résumer au droit à offenser autrui dans ce qu’il a de plus intime. Elle n’a aucune raison d’être dédiée à ce type de haine. Elle devrait s’inscrire dans un ensemble plus large, le sens des responsabilités, le respect de l’autre et l’art d’exprimer ce que la raison énonce. Il n’est pas interdit de trouver imprudentes ou obsolètes des croyances ou pratiques religieuses, mais n’est-il pas plus pertinent et même plus efficace de discuter plutôt que d’injurier et d’humilier ? Offenser autrui serait-il un nouveau droit de l’homme pour la République française ? Contraindre ceux qui ont la foi à admettre que « Charlie, c’est la France », c’est exclure un très grand nombre de citoyens du corps social. Cette problématique a très bien été posée par Thibaud Collin dans le journal La Croix. Je souhaite poursuivre l’analyse, aller un peu plus loin et creuser dans ce champ anthropologique jusqu’aux racines profondes et vivaces du phénomène caché derrière un consensus apparent.

Au-delà de la liberté de la presse et des tragiques circonstances actuelles, l’immense problème sociétal qui se cache derrière l’attentat de Charlie est celui de la gestion sociale globale de la répression. Sujet politique essentiel, qui est maintenu au niveau idéologique, car nul n’a le courage de l’analyser et de l’étudier sur le fond.

Dans les vieilles civilisations, non encore pleinement industrialisées, la nostalgie des temps anciens et le désir de profiter du développement industriel sont face à face. Des solutions hybrides sont apparues : Iran, Irak, Libye, etc. Cependant, l’oligarchie internationale entend imposer le modèle unique du marché à l’ensemble de la planète et ne pas laisser d’immenses ressources naturelles dans les mains de petits seigneurs qui imagineraient être capables de développer des projets de société inédits. Elle a tué Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi. Suite à quoi, « l’État Islamique » (EI), s’est développé, a imposé une chape de plomb aux populations qui sont sous son contrôle, persécutant, expulsant ou massacrant toutes les personnes qui ne cadrent pas avec sa vision d’un islam fanatique et s’est signalé par la publicité qu’il apporte à ses crimes.

Paradoxalement, cette horreur semble convenir à l’oligarchie mondialiste, qui laisse faire alors que, belle âme, bonne conscience de l’Occident, elle prétend être le gendarme du monde en charge de la paix. La propagande du pouvoir libéral, il est vrai, en profite pour faire accroire à ses ouailles qu’elles ne disposent que d’un seul choix : la petite bulle de liberté conviviale qui leur est octroyée ou… l’EI ! Le peuple déjà exploité, dans sa vie professionnelle, ne veut pas, de surcroît, supporter le fanatisme sanglant de l’EI, ce sparring-partners que l’oligarchie s’est offert pour mieux vanter ses mérites et dissuader toute alternative. Bien entendu, mes amis cathos et musulmans sont descendus dans la rue pour défendre la République aux côtés des athées libertaires qui leur crachent dessus habituellement.

La France est un pays qui bénéficie d’une réelle humanité des relations personnelles, amitiés, amours, camaraderie, fraternité, sort heureux qui est fortement brimé par la volonté politico-économique de transformer tous les citoyens en homos œconomicus réduits à leur ego et à leur fonctionnalité. La place de la convivialité est de plus en plus restreinte dans le processus libéral. Nombreux sont ceux qui ont la nostalgie de temps plus anciens où le sens civique et l’art de faire société débordaient largement du cadre étroit dans lequel le plaisir de vivre ensemble est confiné aujourd’hui.

De la vie sociale la plus générale – enseignement, médias, transports, industrie et commerce- jusqu’à la vie privée – situation personnelle, relations familiales, associations – tout est ordonné par les échanges économiques ; c’est-à-dire que tout, est en dernière analyse, marchandé d’une façon ou d’une autre. Au-dessus de ce corps social géant, qui n’est en fait que le marché global, se situe une fine croûte superficielle de la réalité sociétale constituée du monde souvent convivial (mais pas toujours) qui est la bulle dans laquelle s’exercent les relations de personnes, relations d’amitié, de groupe, de loisir, aventures amoureuses, etc. et cette zone superficielle est caractérisée par une grande légitimité de la liberté en droit. Il est permis d’avoir sa propre morale, sa vision du monde, de faire de sa vie ce que l’on veut, quand on le veut. Pour autant, le marché global n’accorde la réussite de leurs désirs qu’à ceux qui ont les moyens économiques de ce type de liberté.

La propagande libérale réussit à faire accroire que le monde contemporain est dépourvu de répression. Elle y réussit facilement, car cela est vrai en surface, dans la zone conviviale des relations de personnes où une humanité (souvent de façade, mais c’est un autre problème) se déploie et fait tout le charme des démocraties représentatives. Cependant, sous cette bulle fragile, le corps social géant du marché global régule tout : il règle la marche du monde, car il contrôle le pouvoir d’achat collectif et individuel. Le peuple subit une répression pécuniaire inlassable, implacable, contraignant la multitude dans les voies du marché. Mécanique sociale qui, en corollaire, génère une caste oligarchique ultra minoritaire, mais totalitaire car réellement propriétaire du monde et de ses habitants. Cette logique inflexible fait des démocraties contemporaines, les régimes les plus injustes et inégalitaires qui n’aient jamais existé. La manne industrielle de ces pays, qui sont parmi les plus riches du monde, permet, il est vrai, de donner aux masses exploitées quelques objets de divertissement, cependant ces nouvelles démocraties (dite de liberté) sont infiniment plus iniques que les régimes (pourtant beaucoup plus pauvres et fortement hiérarchisés) des époques pré-industrielles.

Si vous me suivez, il reste un bout de chemin à parcourir. Les sociétés répressives du passé n’ont pas été remplacées par des sociétés non répressives, mais par un ordre qui a scindé la vie en deux : celle de la zone ouverte à la convivialité et celle des infrastructures économiques globales. Le pouvoir aujourd’hui se glorifie de ce que ni Rois ni Tyrans n’exercent plus de répression et il réussit à faire accroire que la contrainte des réalités consubstantielles à la nature du monde moderne, comme les forêts qui couvrent encore les terres et, les eaux, les océans, impose spontanément son principe. Mais cela est absolument faux.

La répression pécuniaire, n’est pas exercée par des personnes particulières (ni despotes ni suzerains) mais par le jeu anonyme d’une infinité d’achats et de ventes, grandes et minuscules interrelations qui s’autorégulent d’elles-mêmes, au bénéfice du grand capital. Elle est indispensable pour contraindre la multitude à vendre sa force de travail à ceux qui modèlent l’implacable projet mondialiste d’industrialisation du monde. Elle impose à ses « libres » populations son diktat. Il est vrai que ce système prétendument naturel a été « vendu » aux masses (avec d’énormes battages médiatiques) et accepté !

Est-il permis de changer d’idée ?

La grande question est celle-ci : la zone libre et conviviale qui est la partie visible du gigantesque iceberg de la répression économique est-elle la seule zone de liberté possible ? Je n’en sais rien, mais je rêve un monde qui proposerait une alternative plus large et plus vertueuse ; une démocratie qui n’appartienne plus aux capitaux, mais au peuple, qui assume à la fois une juste gestion de la coercition et une juste répartition des richesses. Dans le passé, le principe de réalité n’était pas abandonné à une élite ni la coercition à un « marché » (l’économie était l’instrument d’autres types de pouvoir, mais elle n’imposait pas son diktat et la question de la coercition était au cœur du processus démocratique). N’est-il pas souhaitable que, pour accéder véritablement à la liberté, les êtres humains assument collectivement la responsabilité de la fonction répressive, la reprennent en main, dans le dessein de la gérer d’une façon plus humaine ?

Pour quitter les abstractions théoriques et revenir à notre point de départ, n’eut-il pas été normal que la déontologie de la presse réprime l’idée barbare consistant à poster le dessin abject « Une étoile est née [fusion_builder_container hundred_percent=”yes” overflow=”visible”][fusion_builder_row][fusion_builder_column type=”1_1″ background_position=”left top” background_color=”” border_size=”” border_color=”” border_style=”solid” spacing=”yes” background_image=”” background_repeat=”no-repeat” padding=”” margin_top=”0px” margin_bottom=”0px” class=”” id=”” animation_type=”” animation_speed=”0.3″ animation_direction=”left” hide_on_mobile=”no” center_content=”no” min_height=”none”][1]» qui profane le prophète et humilie les musulmans, tout comme poster « Pédophilie, le Pape prend position[2]» qui agit de même envers les catholiques (entre autres dessins du même genre) ? Le niveau de convivialité, de sens civique et la qualité du vivre ensemble, n’auraient-ils pas été bonifiés ?

Cependant, la vision responsable d’une gestion de la coercition est taboue. La propagande, pour disqualifier cette attente des gens responsables, taxe tout ce qui va dans ce sens de fascisme. Tous les pouvoirs et notamment celui des médias appartiennent à l’oligarchie, ils parlent « en vérité » car la parole autorisée est celle du maître, mais le peuple exploité partage un tout autre sentiment, dans son for intérieur.

Le monde industriel est aujourd’hui définitivement établi et il lui conviendrait d’évoluer. Si nous décidons de changer d’algorithme, le coût de cette R-évolution se comptera moins en termes économiques qu’en termes de courage éthique : choix politique de ne plus abandonner la fonction répressive à des forces illusoirement neutres et faussement naturelles. Dans le passé, les Hommes se sont contraints pour d’autres raisons que pécuniaires, pour leur amour, leur famille et leur communauté, pour leur liberté et leur dignité, nous sommes peut-être capables de le faire encore, de conjuguer la convivialité et l’éthique et de reprendre possession de la démocratie en tournant résolument le dos à Charlie Hebdo et au pouvoir capitaliste qui l’instrumentalise.

[1] http://www.lepoint.fr/images/embed/mahomet-etoile.jpg

[2] http://www.lepoint.fr/images/2013/09/03/1882756-s-plantu-pape-sodomie-large640-jpg_1692892.jpg

 

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La manipulation de l’opinion que l’oligarchie propriétaire entre autres des médias et des partis politiques français a élaborée et réalisée autour de l’attentat de Charlie Hebdo est restée en travers de la gorge de Frédéric Lordon. Ce qui est tout en son honneur et démontre une réelle résilience de la dignité parmi les intellectuels « de gôche » !

Frédéric Lordon le 13 Janvier 2015 – Le monde diplomatique: Lorsque le pouvoir de transfiguration de la mort, ce rituel social qui commande l’éloge des disparus, se joint à la puissance d’une émotion commune à l’échelle de la société tout entière, il est à craindre que ce soit la clarté des idées qui passe un mauvais moment. Il faut sans doute en prendre son parti, car il y a un temps social pour chaque chose, et chaque chose a son heure sociale sous le ciel : un temps pour se recueillir, un temps pour tout dire à nouveau.

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